Extraits :
 
« Quelle est votre définition de l'expert en art ?
Frédéric Castaing (F. C.) : L’expert authentifie l’œuvre, en estime la valeur marchande et ceci en toute indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics comme des intérêts privés. Voilà pour la théorie. Et puis il y a la vie, l’explosion du marché de l’art, les sommes colossales en jeu. L’expert est dans l’œil du cyclone, les pressions sont énormes. L’expert doit avoir une compétence, de l’expérience, et aussi, plus que jamais, la possibilité de dire non à ce qui est contraire à l’éthique. Les experts sont fragilisés par le fait que n’importe qui peut se parer du titre. D’où la réflexion ancienne sur un éventuel encadrement qui serait en même temps une protection. Mais ceci pose le problème de l’indépendance des experts. Encadrement et indépendance sont-elles des notions qui vont bien ensemble ?
L’Etat a voulu donner un début de réponse avec une proposition d’agrément du conseil des ventes pour les experts en ventes publiques. A l’époque, les experts ont refusé massivement pour défendre leur indépendance. Alors, que faire ? Aujourd’hui, deux conceptions s’opposent : la première consiste à dire que n’importe qui peut devenir expert et la sélection se fera en fonction des échecs. La seconde, qui est la mienne, c’est qu’il faut régler les problèmes en amont, c’est- à-dire sélectionner les experts ; pour cela, il y a les compagnies d’experts. Pour moi, l’expert est aujourd’hui celui qui appartient à une compagnie d’experts…
Dans les autres pays, les experts ont-ils un statut ?
F. C. : Non. À ma connaissance, il n’y a qu’en France et en Belgique où il existe des compagnies qualifiées, c’est un atout que nous ne faisons pas suffisamment valoir…
En quoi l'appartenance à une compagnie d'experts est-elle une avancée ?
F. C. : Qui garantit l’indépendance et l’intégrité de l’expert ? Ce n’est pas la loi puisqu’elle ne reconnaît pas le titre, ce sont les compagnies d’experts. L’expert membre d’une compagnie a été sélectionné en fonction d’un certain nombre de critères : il est reconnu par ses pairs pour ses compétences, il a dix ans d’ancienneté, il exerce deux spécialités au maximum, il a une assurance, un casier judiciaire vierge et il respecte un code de déontologie. J’invite le public, vos lecteurs, à relire le code de déontologie de chacune des compagnies ainsi que le code de déontologie qu’elles partagent au sein de la Cedea (Confédération européenne des experts d’art). Ce n’est pas du Portalis [père du code civil], mais dans le vide absolu dans lequel nous sommes, c’est un monument de clarté et de simplicité…
Pourquoi est-ce en France que les compagnies sont les plus or­ganisées ?
F. C. : C’est un atout, une ga­rantie pour tous, profitons-en, faisons-le savoir. Comme je le disais auparavant, deux concep­tions s’affrontent. Ailleurs, c’est la conception anglo-saxonne qui domine : « on prend le premier expert venu, on avance et on verra bien ». Nous avons mieux à offrir…
La législation française est-elle assez protectrice vis-à-vis des particuliers quand ils ont re­cours à un expert ?
F. C. : La législation française présente une certaine incohé­rence. Notamment sur le terrain, essentiel pour les experts et les particuliers, la prescription : il y a une distorsion incompréhensible entre la responsabilité des experts en vente publique, qui est de cinq ans, et la responsabilité des ex­perts en vente de gré à gré, qui est de vingt ans (l’expert peut voir sa responsabilité engagée pendant vingt ans à compter du moment où le vice est découvert)…
Peut-il y avoir conflit d'intérêts lorsque l’on est expert salarié d'une maison de ventes ?
F. C. : Face à des tonds spéculatifs agressifs, face à des comporte­ments manifestement contraires à l’éthique, l’expert doit savoir prendre ses distances. Il doit pouvoir dire non. Un salarié dispose t il de cette liberté? …
F. C. : Si un acteur du marché de l’art fait gagner des millions à l’opérateur de ventes et que le salarié exprime des doutes pour des raisons déontologiques, que se passe-t-il ?
Le salarié d’un opérateur de ventes ne peut pas être membre d’une compagnie d’experts. Il en va de même pour le salarié d’un cabinet d’expertise…
Avez-vous des propositions relativement au statut d’expert ?
F. C. : « Compétence », « indé­pendance », telles sont les clés. »
 
Article disponible dans son intégralité dans le journal des Arts n°429 ou sur le site du Journal des Arts:
http://www.lejournaldesarts.fr/jda/archives/docs_article/126676/table-ronde---trois-representants-du-marche-debattent-du-statut-de-l-expert-en-france.php

Table ronde expert-JDA-2015-02


Journal des Arts n°429 / du 13 au 26 février 2015
 
Table ronde Animée par Marie Potard, Alexis Fournoi et Jean-christophe Castelain.
Trois représentants du marché débattent du statut de l’expert en France.
Frédéric Castaing, expert en autographes et documents historiques, est président du CNE (Compagnie nationale des experts) ; Dominique Chevalier, expert en tapisserie et tapis, est président du SNA (Syndicat national des antiquaires) et Jean-Pierre Osenat, com­missaire-priseur à Fontainebleau, est président du Symev (Syndicat national des maisons de ventes volontaires). Tous trois débattent de la reconnaissance des experts en l’absence de protection du titre.






Extraits :
 
« Quelle est votre définition de l'expert en art ?
Frédéric Castaing (F. C.) : L’expert authentifie l’œuvre, en estime la valeur marchande et ceci en toute indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics comme des intérêts privés. Voilà pour la théorie. Et puis il y a la vie, l’explosion du marché de l’art, les sommes colossales en jeu. L’expert est dans l’œil du cyclone, les pressions sont énormes. L’expert doit avoir une compétence, de l’expérience, et aussi, plus que jamais, la possibilité de dire non à ce qui est contraire à l’éthique. Les experts sont fragilisés par le fait que n’importe qui peut se parer du titre. D’où la réflexion ancienne sur un éventuel encadrement qui serait en même temps une protection. Mais ceci pose le problème de l’indépendance des experts. Encadrement et indépendance sont-elles des notions qui vont bien ensemble ?
L’Etat a voulu donner un début de réponse avec une proposition d’agrément du conseil des ventes pour les experts en ventes publiques. A l’époque, les experts ont refusé massivement pour défendre leur indépendance. Alors, que faire ? Aujourd’hui, deux conceptions s’opposent : la première consiste à dire que n’importe qui peut devenir expert et la sélection se fera en fonction des échecs. La seconde, qui est la mienne, c’est qu’il faut régler les problèmes en amont, c’est- à-dire sélectionner les experts ; pour cela, il y a les compagnies d’experts. Pour moi, l’expert est aujourd’hui celui qui appartient à une compagnie d’experts…
Dans les autres pays, les experts ont-ils un statut ?
F. C. : Non. À ma connaissance, il n’y a qu’en France et en Belgique où il existe des compagnies qualifiées, c’est un atout que nous ne faisons pas suffisamment valoir…
En quoi l'appartenance à une compagnie d'experts est-elle une avancée ?
F. C. : Qui garantit l’indépendance et l’intégrité de l’expert ? Ce n’est pas la loi puisqu’elle ne reconnaît pas le titre, ce sont les compagnies d’experts. L’expert membre d’une compagnie a été sélectionné en fonction d’un certain nombre de critères : il est reconnu par ses pairs pour ses compétences, il a dix ans d’ancienneté, il exerce deux spécialités au maximum, il a une assurance, un casier judiciaire vierge et il respecte un code de déontologie. J’invite le public, vos lecteurs, à relire le code de déontologie de chacune des compagnies ainsi que le code de déontologie qu’elles partagent au sein de la Cedea (Confédération européenne des experts d’art). Ce n’est pas du Portalis [père du code civil], mais dans le vide absolu dans lequel nous sommes, c’est un monument de clarté et de simplicité…
Pourquoi est-ce en France que les compagnies sont les plus or­ganisées ?
F. C. : C’est un atout, une ga­rantie pour tous, profitons-en, faisons-le savoir. Comme je le disais auparavant, deux concep­tions s’affrontent. Ailleurs, c’est la conception anglo-saxonne qui domine : « on prend le premier expert venu, on avance et on verra bien ». Nous avons mieux à offrir…
La législation française est-elle assez protectrice vis-à-vis des particuliers quand ils ont re­cours à un expert ?
F. C. : La législation française présente une certaine incohé­rence. Notamment sur le terrain, essentiel pour les experts et les particuliers, la prescription : il y a une distorsion incompréhensible entre la responsabilité des experts en vente publique, qui est de cinq ans, et la responsabilité des ex­perts en vente de gré à gré, qui est de vingt ans (l’expert peut voir sa responsabilité engagée pendant vingt ans à compter du moment où le vice est découvert)…
Peut-il y avoir conflit d'intérêts lorsque l’on est expert salarié d'une maison de ventes ?
F. C. : Face à des tonds spéculatifs agressifs, face à des comporte­ments manifestement contraires à l’éthique, l’expert doit savoir prendre ses distances. Il doit pouvoir dire non. Un salarié dispose t il de cette liberté? …
F. C. : Si un acteur du marché de l’art fait gagner des millions à l’opérateur de ventes et que le salarié exprime des doutes pour des raisons déontologiques, que se passe-t-il ?
Le salarié d’un opérateur de ventes ne peut pas être membre d’une compagnie d’experts. Il en va de même pour le salarié d’un cabinet d’expertise…
Avez-vous des propositions relativement au statut d’expert ?
F. C. : « Compétence », « indé­pendance », telles sont les clés. »
 
Article disponible dans son intégralité dans le journal des Arts n°429 ou sur le site du Journal des Arts:
http://www.lejournaldesarts.fr/jda/archives/docs_article/126676/table-ronde---trois-representants-du-marche-debattent-du-statut-de-l-expert-en-france.php

Les archives Turgot-JDA-2015-02


Journal des Arts n°429 / du 13 au 26 février 2015
 
Table ronde Animée par Marie Potard, Alexis Fournoi et Jean-christophe Castelain.
Trois représentants du marché débattent du statut de l’expert en France.
Frédéric Castaing, expert en autographes et documents historiques, est président du CNE (Compagnie nationale des experts) ; Dominique Chevalier, expert en tapisserie et tapis, est président du SNA (Syndicat national des antiquaires) et Jean-Pierre Osenat, com­missaire-priseur à Fontainebleau, est président du Symev (Syndicat national des maisons de ventes volontaires). Tous trois débattent de la reconnaissance des experts en l’absence de protection du titre.






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« Qui n’a pas de passé n’a pas d’avenir » 
 
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